Réflexion sur le sabordage de la flotte française à Toulon

 

Plus tard, des copains embarqués me diront que des officiers de marine ont éprouvé les mêmes états d'âme. Ils songeaient à passer chez De Gaulle. Pétain a stoppé leur élan. D'un coté, il y avait la patrie éternelle, de l'autre, les annuités, l'avancement, etc.

 

Le parlement s'est déculotté devant une mafia qui se camouflait derrière un vieux maréchal réactionnaire et sénile, mais l'opération aurait raté si Hitler avait refusé de conclure un Armistice laissant une zone dite « libre. » Il est intéressant de noter que la plupart des historiens français présentent toute cette affaire sous l'angle d'une initiative « française » à laquelle les Allemands se seraient ralliés, émus par ce vieux maréchal qui offrait sa personne à la patrie.

En vérité, le gouvernement de Hitler avait déjà sa petite idée sur la question. Son armée fonçait partout. Plus rien ne pouvait l'arrêter. Cependant, elle ne pouvait empêcher la plus moderne flotte d'Europe de partir en Afrique du Nord, en embarquant deux cent mille soldats. Autrement dit, la majeure partie de l'Afrique serait restée dans la guerre aux côtés des Anglais. Pour Hitler, il était cent fois plus avantageux de maintenir une fiction de gouvernement français dans une partie du territoire, et de neutraliser ainsi une forte marine et des territoires immenses.

L'imbécillité de Churchill faisant tirer sur les navires français à Mers El Kébir, servit très bien les nazis en accentuant la haine des marins à l'égard des Anglais. Ce dut être une forte jouissance pour les nazis d'entendre les candides habitants de la zone sud, chanter: « Maréchal, nous voilà ! », acclamant le sauveur de la France.

La suite des événements conforta le 3ème Reich dans son idée géniale. Face à une flotte anglo-française, la flotte italienne aurait vite été détruite. En conséquence il n'y aurait pas eu d'aventure Rommel, ni de guerre de Syrie. Le territoire italien aurait été menacé très tôt. En France même, Hitler n'aurait pas pu disposer d'une aussi bonne volonté des policiers et gendarmes. Ces braves gens pensaient beaucoup aussi aux annuités et à l'avancement. Tout cela est si évident que le jour où les Américains débarquèrent en Afrique du Nord, Hitler ne vit plus du tout l'intérêt d’une zone « libre », et l'armée allemande l'occupa en 48 heures ! L'armée vichyste se laissa sagement désarmer. Pour sa part, le général Delattre de Tassigny qui s'était fort bien accommodé d'un régime fasciste et avait accompagné Pétain, lors d'une visite de Franco, décida qu'il était plus que temps de devenir républicain et regagna l'Afrique du Nord.

 

Hitler n'avait jamais eu l'espoir d'utiliser la marine française, et ne put que se réjouir quand l'esprit tordu des amiraux d' « Action Française » les conduisit à couler la flotte.

Pour les amoureux des statistiques, indiquons que le plus grand combat naval, celui du Judland, qui, en 1916 avait opposé les Anglais aux Allemands, avait envoyé par le fond, cent soixante mille tonnes de navires. En 1942, des amiraux français battirent ce record avec trois cent mille tonnes.